«Arlecchino
servitore di due padroni»
de Carlo GOLDONI
mise en scène Giorgio STREHLER

Mardi 20 et Mercredi 21 Mars
à 20h45


assistant à la mise en scène : Gianfranco Mauri
décor : Ezio Frigerio
costumes : Franca Squarciapino
musique : Fiorenzo Carpi
masques : Amleto Sartori

avec : Pantalone de’Bisognosi:Giorgio Bongiovanni
Clarice, sa fille:Pia Lanciotti
Le Docteur Lombardi :Tommaso Minniti
Silvio, son fils: Stefano Guizzi
Beatrice, turinoise en habit masculin: Giorgia Senesi
sous le nom de Federico Rasponi
Florindo Aretusi, son amant: Sergio Leone
Brighella, aubergiste: Gianfranco Mauri
Smeraldina, femme de chambre de Clarisse: Nicoletta Maragno
Arlecchino, serviteur de Béatrice, puis de Florindo: Ferruccio Soleri
Un valet de l’auberge, un portefaix : Luca Criscuoli
Valets: Michele Bottini, Francesco Guidi, Nicole Vignola
Le souffleur: Alighiero Scala


durée : 1er acte 55’ entracte 15’
2ème acte 40’ entracte 15’
3ème acte 55’
Production du Piccolo Teatro Di Milano

Musiciens
Enrico Basilico, Paolo Mattei, Ivo Meletti, Gianbattista Piantoni, Celio Rigoli

Spectacle en italien
synopsis détaillé remis au spectateur
«L'Arlequin est un fait extraordinaire dans l'histoire du théâtre mondial. Ce spectacle nous a accompagnés toute notre vie, en se renouvelant à chaque année après année. Des centaines d'acteurs l'ont joué. Il y a des spectateurs qui l'ont vu naître, et qui, après plusieurs années l'ont vu renaître ; et puis d'autres aussi l'ont reconnu, en Italie et à travers le monde... Aujourd'hui ces mêmes spectateurs et d'autres encore le reverront, à l'occasion de notre anniversaire.
Peut-être aurait-on pu écrire un grand livre sur cette histoire : celle d'un seul spectacle, répété (mais non recopié) presque à l'infini. Personne ne l'a, et je crois que personne ne l'écrira. Mais si nous autres gens de théâtre, pour faire notre merveilleux et désespérant métier, devions attendre ceux qui écrivent, on ne verrait nulle part s'allumer les feux de la rampe. Nous, nous faisons le Théâtre. D'autres le regardent. D'autres encore le décrivent et en évoquent le souvenir. La plupart l'oublient. Ou croient l'oublier - car je pense qu'un acte théâtral artistique, vital, accompli, reste au sein du public comme un souvenir enseveli, mais non perdu...»

Giorgio Strehler, mai 97
extrait du programme du 50ème anniversaire
du Piccolo Teatro di Milano






Synopsis


acte 1
Dans la maison de Pantalon, riche marchand vénitien, on négocie les derniers arrangements du mariage qui doit unir Clarisse, la fille unique du maître des lieux, à Silvio, le fils du docteur Lombard.
Survient inopinément Arlequin, qui annonce la visite de son nouveau maître Federigo Rasponi, natif de Turin. La nouvelle plonge l'assemblée dans la stupeur : n'avait-on pas déploré tout récemment la mort de Federigo, l'ancien fiancé de Clarisse, assassiné à Turin dans une embuscade ? C'est à la suite de ce malheur que Pantalon n'avait pas hésité à promettre sa fille à un nouveau prétendant. Arlequin profite de ces débats pour faire de son côté la cour à Sméraldine, la femme de chambre de Clarisse.
Chez l'aubergiste Brighella, on apprend que c'est en réalité Béatrice, la soeur de Federigo Rasponi, qui se dissimule sous les habits de ce dernier. La jeune femme est à la recherche de son amant Florindo Aretusi. Accusé d'être l'assassin de Federigo, Florindo s'est enfui de Turin et a trouvé refuge à Venise. Brighella qui a connu les Rasponi à Turin, est le seul à avoir percé à jour l'identité véritable de Béatrice.
En sortant de l'auberge de Brighella, Arlequin engage conversation avec Florindo qui s'offre à l'employer. Arlequin accepte : le voici donc serviteur de deux maîtres, qui ne sont autres, hasard facétieux, que les deux amants en quête pour l'un de l'autre !
Silvio se rend à l'auberge pour provoquer Federigo en duel. Mais Arlequin l'abuse et le conduit chez son autre maître Florindo. Silvio apprend à Florindo atterré que Federigo est vivant.
Mandé par Béatrice, Arlequin est allé au bureau de poste où il a relevé le courrier de ses deux maîtres. Il mélange les lettres remet à Florindo celles qui étaient adressées à la jeune femme : le jeune homme apprend donc la présence à Venise de sa bien-aimée. Arlequin remet aussi par erreur à Florindo une bourse de cents ducats que Pantalon avait destinée à celui qu'il croit être Federigo.
Béatrice-Federigo se rend à la maison de Pantalon et y rencontre Clarisse. Pour lui redonner courage, Béatrice lui révèle son identité véritable et les raisons qui l'ont conduite à se travestir. Clarisse promet de garder le secret.


acte 2
Silvio et le Docteur se disputent avec Pantalon qu'ils accusent de légèreté : n'a-t-il pas, en moins d'une heure, arrangé, pour aussitôt l'annuler, le mariage de sa fille ? Silvio ne manque pas d'adresser aussi de virulents reproches à Clarisse, laquelle, enchaînée par la promesse faite à Béatrice, ne peut révéler la vérité. A l'auberge, une fois résolu le problème de la bourse des cents ducats, Arlequin se prépare à ordonner le repas de ses deux maîtres et s'entretient avec Brighella sur le choix du menu. Vient l'heure du service et voici Arlequin contraint, pour contenter ses deux maîtres, de s'agiter comme un beau diable, se multipliant de la salle où dînent Béatrice Federigo et son hôte Pantalon, à la chambre où est logé Florindo. Survient Sméraldine, qui apporte un message de Clarisse à Federigo Rasponi : dans sa lettre, Clarisse supplie Béatrice de l'aider à briser le cercle infernal d'équivoques qu'elle a provoqué. Mais la femme de chambre tombe sur Arlequin qui se met à lui faire la cour et en profite pour ouvrir la lettre de Clarisse. Béatrice fait bastonner Arlequin pour le punir de son initiative. Florindo, à son tour, régale le pauvre garçon d'une seconde volée de coups de trique.


acte 3
En mettant de l'ordre dans les affaires de ses deux maîtres , Arlequin se trompe et range dans la malle de Florindo le portrait que celui-ci avait donné à Béatrice, et dans la malle de Béatrice le livre de comptes de Florindo contenant des lettres que Béatrice lui avait écrites. Ayant découvert le portrait, Florindo interroge Arlequin qui prétend en avoir hérité d'un ancien maître défunt. A Béatrice bouleversée de trouver le carnet de Florindo dans ses affaires, Arlequin raconte une fable de la même eau. Les deux amants sont accablés de désespoir.
Pantalon rencontre Silvio et lui révèle la clé de l'imbroglio : Federigo n'est autre que Béatrice. Clarisse pourra donc rester fidèle à la promesse qu'elle avait faite au jeune homme.
A l'auberge, Béatrice et Florindo sont sur le point de se suicider lorsque l'intervention de Brighella les arrête. Les deux amants se reconnaissent, s'embrassent et se racontent l'un l'autre leurs rocambolesques aventures. Dans la maison de Pantalon, Silvio et Clarisse se réconcilient en présence de Pantalon et du Docteur. Ils sont bientôt rejoints par Béatrice, qui a abandonné ses habits d'homme, et Florindo, tout émoustillés encore du bonheur de leurs retrouvailles. Tout sera dit enfin lorsque Sméraldine et Arlequin, aussitôt résolue la dernière embrouille provoquée par le drôle, auront su couronner, à leur tour, leur rêve amoureux.




Bouche gourmande ou rictus d’affamé, Arlequin bondit et cavalcade, débordé par la tâche qui attend un serviteur censé toucher les gages de deux maîtres à la fois. Il saute, cabriole, gesticule, lance ses lazzis au public médusé de bonheur, entraîné sans défense dans une intrigue qui n’a d’autre vraisemblance que celle du théâtre...



«Ho fatto una gran, ho fatto dei mancamenti,
ma spero che, per rason della stravaganza, tutti sti siori me perdonerà.»

«Je me suis donné beaucoup de mal, j’ai même commis des fautes, mais j’espère qu’en faveur de l’extravagance,
vos seigneuries me pardonneront.»



Giorgio Strehler nous a quitté au mois de Décembre 1997.
Par la grâce de son génie, un classique de la commedia dell’arte s’est imposé parmi les quelques légendes du XXème siècle.

Magicien de la lumière, du geste et de la parole, fabricant d’utopies, il a toujours mêlé son art et sa vie.
A l’exemple de Goldoni, pour lequel il a nourri une profonde passion, il s’est posé en réformateur de la scène italienne et en est devenu la figure de proue.
Il aura tenu ce glorieux paradoxe de multiplier les mises en scène originales (plus de 250 !) mais aussi de revenir sans cesse sur son travail pour constituer un répertoire. Il y a plus de 50 ans, un succès prodigieux accueille son Arlequin serviteur de deux maîtres, et par la grâce de son génie, ce classique de la Commedia dell’ arte s’est imposé parmi les quelques légendes théâtrales du 20ème siècle. Applaudi dans le monde entier, ce spectacle phare, sans cesse recréé (plus d’une douzaine de fois), aura accompagné le fondateur du Piccolo Teatro tout au long de sa vie professionnelle.

Pour interpréter Arlequin, l’extraordinaire Ferrucio Soleri qui, à 70 ans, réalise chaque soir depuis plus de trente ans, sous le célèbre masque noir, le miracle d’une éternelle jeunesse. A ses côtés, un autre interprète historique du personnage de Brighella., Gianfranco Mauri tendra les bras à la jeune génération puisque tout le reste de la compagnie est composée entièrement de jeunes comédiens, anciens élèves du Piccolo Teatro. La transmission est assurée, ce sera donc «l’éternelle présence de l’histoire et de la vie».
Certains pensent que le théâtre est un éternel mourant, Giorgio Strehler avec son Arlequin, nous a prouvé qu’il était un bonheur essentiel.





Italie : 16è, 17è et 18è siècles
Commedia dell’arte

Commedia dell’arte signifie : théâtre professionnel. Les comédiens de l’Art gagnent leur vie à jouer la comédie. Ils font payer les spectateurs. Et, si on les engage pour se produire en privé dans une maison particulière (palais, château), il faut les rémunérer.

Ce sont les “hommes de l’art” (comme on le dit d’un plombier ou d’un électricien compétents) capables de représenter tragédies, comédies, tragi-comédies, pastorales, drames à l’espagnole et , bien sûr, farces.
...Par opposition aux acteurs bénévoles du passé médiéval, aux amateurs mondains et aux enseignants-enseignés des collèges.
...

Les comédiens de l’Art (nés vers 1550) puiseront aux deux sources (pastiches de l’antiquité théâtrale et Carnaval), mêleront parfois leurs eaux, et finalement deviendront immortels grâce à la comédie des Masques...

Arlequin : son nom vient d’Hellequin, petit démon médiéval qui, à la tête de ses esprits malins, mène des tapages nocturnes. Le visage noir d’Arlequin aurait été brûlé aux feux de l’enfer. Son corps semble en caoutchouc, matière contradictoire : molle et rebondissante, vive et lourde. Il est le personnage de théâtre le plus connu de tous les temps et de tous les pays. De grand auteurs (Marivaux) ont écrits pour lui.




Biographie de l’auteur
Carlo Goldoni (1707-1793)

... le réformateur
Auteur dramatique-né, il “fait des gammes” jusqu’à l’âge de 38 ans, tâtant de la tragédie. Mais, dès 1745, il a trouvé sa voie : la comédie. Il va la “rénover” car elle radote. Il la purifie des “lazzi” obscènes, des grossiers écarts de langage, il fait de l’intrigue une mécanique bien réglée. Il rédige entièrement ses dialogues sans laisser de “blancs” pour les fameuses improvisations devenues conventionnelles. C’est l’époque d’”Arlequin serviteur de deux maîtres”. Arlequin, Brighella, Pantalon sont encore masqués. Ce dernier est toujours le vieil avare ridicule et lubrique.
...

Réformateur, il s’est heurté à la “contre-réforme” victorieuse du “réactionnaire” Carlo Gozzi. A Paris, Goldoni entre, comme auteur, à la Comédie-Italienne. Nombreux canevas d’arlequinades. Il doit faire jouer son “bourru bienfaisant” par la Comédie-Française (dernier succès écrit directement en français, vite traduit en 19 langues) : 1771.

1951 - Premier grand succès public : “Arlequin serviteur de deux maîtres” joué en italien, au théâtre de Paris, par le Piccolo Teatro de Milan (Giorgio Strehler) avec dans le rôle d’Arlequin, l’acrobatique Marcello Moretti (trop tôt disparu, victime de son métier). Il faut noter cependant que les applaudissements allaient plus à la découverte de cette fidèle reconstitution de la comédie des Masques qu’à Goldoni lui-même.

“Histoire du théâtre dessinée”
André Degaine
Ed. Nizet






Entretien avec Ferrucio Soleri,
Arlequin est son maître


Cela fait 36 ans que vous interprétez Arlequin. Vous ne vous en êtes jamais lassé ?
Je suis heureux dans ce personnage. Arlequin m’a apporté la notoriété et beaucoup de joies. Il y a eu un moment où j’en ai eu assez. J’ai dit à Jo Strehler, ça suffit, laisse-moi faire autre chose. Et puis j’ai pensé au public.
Vous savez le spectacle a évolué tout le temps, il y a eu sept versions différentes. Il changeait les décors, les costumes, des petites choses. Au début, par exemple, il y avait beaucoup de meubles sur la scène, maintenant le plateau est presque nu, l’essentiel c’est l’acteur. Une fois Strehler a décidé de faire les adieux de la pièce, il l’a annoncé. Et puis il a refait une autre mise en scène, et encore une autre. Quant à moi, chaque soir, c’est un peu comme la première fois, sinon le personnage perdrait sa fraîcheur. Je provoque le public, et en fonction de ses réactions j’improvise.

Selon vous, qu’y a-t-il dans ce personnage qui attire autant la sympathie du public ?
Arlequin a un charme incroyable, c’est un personnage naïf et ingénu comme un enfant. Quand il voit une belle fille, il veut coucher avec elle, quand il a faim, il veut manger. on croit qu’il va perdre, mais il finit toujours par gagner. Chacun d’entre nous voudrait être vrai comme Arlequin, mais ce n’est pas possible, on doit toujours faire des compromis dans la vie.

Pensez-vous que ce spectacle soit très proche de la commedia dell’arte telle qu’on la jouait à l’époque de Goldoni ?
En tout cas, on s’en approche, si l’on en croit les peintures et les chroniques de l’époque. Pour nous c’est important de transmettre ce patrimoine théâtral italien du mélodrame.

Vous avez hérité du rôle tenu à l’origine par Marcello Moretti. Et vous pensez-vous transmettre Arlequin à un autre comédien ?
J’ai eu déjà plusieurs élèves pour ce rôle, il y a beaucoup de candidats. je crois en avoir trouvé un bon. Dans ce spectacle il joue un rôle de valet, il porte des malles.
On a travaillé pendant un mois cet été tous les deux, et il m’a déjà remplacé une fois. Il n’est pas complétement prêt.

Quelle qualité demandez-vous à celui qui vous succédera ?
Il faut un bon comédien, qui soit Arlequin sans essayer de m’imiter. Et c’est le plus difficile. Marcello était un magnifique Arlequin, très différent de moi, il ne bougeait pas beaucoup, il avait une voix incroyable, puissante.

D’où vient cette souplesse ?
A 10 ans je marchais sur les mains, je faisais des sauts périlleux. C’était inné, je voulais faire du cirque. Mon père, professeur de philosophie et de littérature italienne n’était pas d’accord. J’ai commencé le théâtre à la fac de maths-physique, ensuite je suis entré à l’Académie nationale de théâtre. Quand je suis devenu Arlequin, j’ai apporté mes acrobaties.

Pensez-vous que le spectacle puisse survivre longtemps à Giorgio Strehler ?
Il vivra tant qu’il sera possible de maintenir cette mise en scène. Et moi je resterai tant que je pourrai faire mes pirouettes. Mais je n’y pense pas, parce que sinon je suis triste.

Propos recueillis par Sylvie Roux.
La Dépêche du Midi - nov. 99





Biographie
Giorgio Strehler (1921-1997)

Metteur en scène italien parmi les plus importants du théâtre contemporain et qui a exercé une influence non négligeable sur l’évolution de l’écriture scénique...
En mai 1947, il fonde à Milan, avec Paolo Grassi, le Piccolo Teatro, premier théâtre stable d’Italie, à vocation populaire et culturelle...
Au milieu des années 1950, le travail de Strehler prend un tournant décisif...il entend promouvoir un théâtre réaliste et épique (il monte La Villégiature de Goldoni, La Cerisaie de Tchekhov, El nost Milan de Bertolazzi et L’Opéra de Quat’sous de Brecht, qui ont valeurs de manifeste)...
C’est dans les années 1960 que son écriture scénique, forgée en aiguisant sa pratique au contact de la pensée de Brecht, trouve son accomplissement... il propose une nouvelle interrogation sur le destin de la théâtralité et sur ce que le théâtre doit représenter dans la société (...), et conclut que la volonté utopique de diffuser la poésie ne suffit plus à conquérir le monde.
...
Strehler s’est expliqué sur cette pratique qui consiste à revenir sur un travail précédent en déclarant : “Parce qu’insatisfait de mon travail, pour voir si je saurai faire mieux, parce qu’on m’a demandé de reprendre le spectacle et que je ne saurais en proposer qu’une copie, ou encore pour que les jeunes générations ne lisent pas l’histoire du théâtre mais la voient.” Strehler définit son approche de la mise en scène comme un “essai critique” sur une pièce, réalisé avec des moyens scéniques. “Critique” implique, outre un éclairage nouveau sur un texte, de faire jouer un rapport entre une oeuvre et le présent de sa représentation.
...
En 1983, il fonde et dirige à Paris, à la demande de Jack Lang (ministre de la Culture), le Théâtre de l’Europe (à l’Odéon). Il le définit comme “un lieu idéal de rencontre, de fraternité, de paix et de recherche, ouvert à tous les hommes de théâtre en Europe qui ont quelque chose à dire”.






Bibliographie

G. Strehler, «Per un teatro umano», Feltrinelli, Milan, 1974 («Un théâtre pour la vie», trad. E. Genevois, Fayard, Paris 1980)

Etudes

B. Dort, “Strehler, un long chemin pour le théâtre”, in Théâtres, coll. Points, Seuil, Paris 1986
G. Lista, La Scène moderne, Carré d’art-Actes sud, Paris-Arles, 1997

Myriam Tanant
“Dictionnaire du théâtre”
Encycloepedia Universalis







La presse


«... Avec cette mise en scène d’un chef d’oeuvre de Goldoni (1747) et de la commedia dell’arte, c’est un peu de l’âme de ce fantastique petit théâtre milanais qui renaît chaque soir, depuis 1947, quand Marcello Moretti entrait pour la première fois dans le costume d’Arlequin....
Strehler disparu, son assistant depuis 1963 a repris les rênes de ces tréteaux. La transmission s’est faite au long des années de collaboration avec Strehler ; confie Gianfranco Mauri, c’est la mémoire qui permet de continuer le spectacle. Il ne s’agit pas d’un testament, d’un monument. On n’efface pas les choses précédentes, mais le savoir s’enrichit de représentation en représentation; La scénographie est plus sobre qu’à l’origine et, à chaque fois que Strehler reprenait son travail, il n’a cessé de l’épurer.
L’essence du spectacle, elle, n’a jamais perdu son âme, nourrie de cet échange avec le public où l’improvisation tient sa marge sans médire du texte de Goldoni. L’improvisation au travers d’un masque, c’est le rapport au public, différent chaque soir, donc à découvrir, nous expliquait Soleri lors de sa mise en scène de Pergolèse de la Monnaie, c’est une grande école d’approfondissement de l’homme et c’est là la chose essentielle de la commedia dell’arte ; qui nous transforme continuellement. Mon Arlequin était plus acrobatique au début, plus intériorisé maintenant. Je saute un peu moins haut, peut-être le fais-je mieux... Même les jours où je ne joue pas, je m’entraîne au moins une demi-heure.
Dans son habit cousu de morceaux de tissus rapiécés (même en losanges esthétiques...) qui trahit l’origine historique du masque de pauvre paysan bergamasque, l’Arlequin de Soleri est toujours capable de faire la roue, de marcher sur ses mains, de s’envoler dans la plus souple des pirouettes. Valet naïf, toujours prêt à dire oui, mais capable d’être subitement rusé pour sortir d’un mauvais pas. Et il le fait avec une fantaisie incroyable. C’est l’âme du peuple qui parle en lui, perdant au départ, gagnant à l’arrivée, la réaction de tous ceux qui sont opprimés. Ses gestes ont leur raison sociale : ainsi ses déplacements zigzag parce qu’il a toujours peur que quelque chose lui tombe dessus !
Son masque de cuir, Soléri ne le quitte jamais. Il utilise toujours le même, une part de moi-même. Fruste, primitif, un peu animal et inquiétant au départ, ce masque d’Arlequin s’est humanisé, adouci par la cadence stylistique du Serviteur de deux maîtres de Goldoni, disait Strehler. Mais même ainsi, pour le créateur du Piccolo, le masque est instrument terrible, mystérieux, disait Strehler ; avec lui, nous sommes au seuil d’un mystère théâtral. Le masque en somme ne supporte pas le concret du geste réel, le masque est rituel...»
Le Soir - déc 98 - M. Friche



«... Ferrucio Soléri revoit les tout débuts, repense à la frustration de ne pouvoir exprimer le moindre sentiment, prisonnier de son masque. Peu à peu, il a compris comment le corps entier devait se mettre au service des émotions et des états d’âme du personnage. Il a senti comment un simple artifice de cuir protégeait l’homme des pièges du narcissisme. Voir sans être vu. J’aime cette impression d’apercevoir le public comme à travers un trou de serrure. L’anonymat de l’artisan de la scène, qui le met à l’abri du cabotinage. C’est la grande difficulté de ce rôle. On croit toujours qu’il faut faire l’acrobate, exagérer les effets. Le risque est de ne plus être entendu. Je crois au contraire qu’il faut être très attentif au contenu psychologique, et ne pas donner trop vite au public, le laisser en attente. De la mesure avant toute chose....»
Le Dauphiné libéré - déc 99 - J. Leleu







Bibliographie de Carlo GOLDONI
Livres disponibles au Théâtre*

*
Renseignement: Audrey Tallieu

La Loncandiera

La Veuve convoitée janv. 95 l’AVANT-SCENE n° 922

Les Cuisinières

Les Rustres

La plaisante aventure Ed. Garnier- Flammarion

Le Menteur juin 70 l’AVANT-SCENE n° 451

Les Cancans Ed. L’arche

Les Femmes Jalouses Ed. Circé

Baroufe à Chioggia Ed. Garnier-Flammarion

L’éventail Ed. Garnier-Flammarion

La Manie de la villégiature Ed. Garnier-Flammarion

Le Bourru Bien-faisant Ed. Garnier-Flammarion

L’Evantail sept. 75 l’AVANT-SCENE n° 570

Le Campiello




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