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«Le Costume»
de Mothobi MUTLOATSE
mise en scène : Peter BROOK
Mardi 14 Novembre
à 19h00 et à 21h30
et Mercredi 15 Novembre à 20h45
texte de Mothobi Mutloatse
adapté par Barney Simon d’après la nouvelle
The Suit de Can Themba
Adaptation française :
Marie-Hélène Estienne et Peter Brook
Mise en scène : Peter Brook
Costumes : Chloé Obolensky
Lumière : Philippe Vialatte
Distribution (sous réserves) :
Ciryl Guei ,
Hubert Koundé,
Sotigui Kouyaté,
Tanya Moodie
durée : 1h15 sans entracte
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Coproduction :
CICT / Théâtre des Bouffes du Nord
Théâtre Vidy Lausanne ETE, Rurhfestspiele /Recklinghausen
Prix Europe pour le Théâtre /
Taorrmina - Sicile, Bologne et Modéne / Bologne 2000.
Théâtre National Luxembourg, et avec l’aide de l’ADAMI
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Le texte
“A Sophiatown, il y avait la même misère, la même pauvreté, le même isolement que dans les autres “Town Ships” nées par l’apartheid. Mais d’une certaine manière dans cette ville là, cela n’avait pas la même importance. Le talent y fleurissait, on y était heureux, on pouvait s’exprimer, on y jouait du jazz, on y organisait des “partys”, on faisait de la poésie, on discutait l’avenir du pays... et pour un moment on y oubliait l’atrocité des conditions de la vie. Mais un jour le gouvernement décida de rayer la trop attrayante Sophiatown de la carte, des bulldozers arrivèrent pour raser la ville... des milliers de gens furent “déménagés” vers des endroits plus propices aux agissements de la police, plus loin de la capitale, à vingt kilomètres de là, dans un tout nouveau township, bien gardé, qui n’avait pas encore de nom et s’appellera “Soweto”...
A Sophiatown, tout se passait dans ce qu’on nomme les “Shabeens “ - cafés clandestins, primitifs et illégaux - où se retrouvaient des écrivains blancs et noirs, des voleurs, des maquereaux, des putes, des musiciens, on y parlait, on y rêvait, on s’y détruisait désespèrement avec l’alcool et la drogue. Un des plus grands animateurs de ces clandés, un écrivain talentueux, Can Themba y tenait table ouverte chaque soir et c’est dans une de ces soirées qu’il raconta pour la première fois la triste histoire de Philémon et de Mathilda, le Costume. L’histoire d’un ménage à trois : une femme, un mari et un costume. Une histoire qui commence dans l’humour et l’ironie et qui finit dans une cruauté froide et terrible. Can Themba mourut quelques années plus tard, en exil, terrassé par le désespoir et l’alcool.
Comédie, drame, fantaisie, tranche de vie, tout cela est évoqué dans le Costume, cette évocation de Sophiatown, avec sa musique, son humour et son désespoir.”
Peter Brook
Extrait de “Afrique du Sud,
Théâtre des Townships”
Actes-Sud Papier
L’histoire
Un vieil homme de Johannesburg, Maphikela, raconte que dans le quartier de Sophiatown, Mathilda et Philemon sont mariés. Pour tous deux le grand amour. Philemon materne presque sa Mathilda. Un matin, revenu tôt, il est cloué : “Des flashes électriques en lui, dans chaque recoin...le métal des conduits se met à rougir à blanc” : Mathilda est dans leur lit, avec un homme. Elle est amoureuse, à jamais, de Philemon, Mathilda, mais un jour, seule dans la maison, elle s’est sentie ailleurs, elle rêvait éveillée de quelqu’un d’autre, elle ne savait pas qui, une imagination.
L’homme, surpris par Philemon, s’échappe par la fenêtre, laissant là son costume, un complet gris. Philemon demande à Mathilda de placer le costume sur un cintre, de l’accrocher face au lit. La main sur l’épaule du costume, il dit : “Nous avons un visiteur. Il mangera avec nous, partagera tout ce que ce que nous avons. Comme nous n’avons pas de chambre d’amis, il devra dormir avec nous. Il faudra que tu fasses bien attention à lui : s’il s’en allait, s’il disparaîssait, si quelque chose lui arrivait, Mathilda, je te tuerais.”
Le Monde - déc 99 - M. Cournot
Entretien avec le metteur en scène
Pourquoi avoir choisi de monter “Le Costume” ?
Dans ce texte, ce qui m’a frappé, c’est l’humour. Cette pièce, adaptée d’une nouvelle de Can Themba -, un auteur maudit qui a fini en exil terrassé par l’alcool - témoigne paradoxalement d’un humour très puissant. Face à l’adversité et dans les pires situations, il existe toujours une raison fondamentale pour survivre, qui est tout simplement la joie de vivre.
Il existe une certaine convergence de vues entre votre travail et celui des hommes de théâtre sud-africains. Comment l’expliquez-vous ?
Disons que, dans leur cas comme dans le mien, il s’agit d’un travail de recherche qui part de l’acteur, du corps. En ce qui me concerne, la mise en scène en tant que forme artistique ne m’intéresse pas. Je l’admire chez les autres, mais ce n’est pas pour moi. Mon but n’est pas la recherche artistique mais la libération d’une certaine qualité humaine qui est toujours là et qu’il s’agit seulement de faire apparaître. Je n’aime pas tellement d’ailleurs l’expression “mise en scène” ; ça donne l’impression de quelque chose qui est plaqué. Alors que, moi, ce qui m’intéresse, c’est ce processus collectif qui consiste à créer un filet pour attraper quelque chose qui va être là pour un moment et puis qui va disparaître. Parfois, aussi, ça laisse des traces.
Haden - oct 99 - H. Le Tanneur
Biographie du metteur en scène
Peter Brook
Né à Londres en 1925, metteur en scène depuis l’âge de 17 ans, il a monté ses premiers spectacles professionnels à Birmingham puis Stratford-sur-Avon et Londres, avant d’accéder à une carrière internationale. Il a réalisé 7 films et s’est essayé à l’opéra, mais le théâtre reste son domaine d’activité majeur, avec plus de 40 mises en scène.
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Il a servi les auteurs contemporains de l’avant-garde américaine, tout en restant attaché à Shakespeare, qui lui a valu ses plus notables succès, et la fonction de codirecteur de la Royal Shakespeare Company.
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Il reconnaît la valeur de deux voies théâtrales rarement conciliées avant lui, celle du «théâtre sacré» selon Artaud et celle de «théâtre brut» selon Brecht ; il entend même les faire «coexister», mais toujours en les confrontant à la vie des gens, dans le lieu et l’instant où il monte un spectacle.
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Le dépouillement, la lisibilité caractérisent le langage théâtral de Peter Brook, langage repensé en fonction de chaque lieu scénique nouveau. Depuis Le Roi Lear, il n’a cessé d’approfondir son ascèse, renonçant aux sacrifices du métier pour se concentrer sur le corps de l’acteur, à la recherche d’une expression non verbale. Plus que metteur en scène, il est d’ailleurs devenu chercheur à part entière.
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extrait du Dictionnaire du Théâtre
Encyclopaedia Universalis - Albin Michel
Peter Brook et les Bouffes du Nord
Installé à Paris, avec une troupe cosmopolite, Peter Brook transforme un petit théâtre élisabéthain «en creux» : les Bouffes du Nord, ex-théâtre de quartier en ruine, avec ses murs nus couverts des cicatrices blanches du plâtre, voit son parterre aménagé en aire de jeu principale. L’ancienne scène fait place à une fosse de 6 mètres de profondeur d’où l’on peut surgir.
Pour l’ouverture de ce lieu magique en 1974, Peter Brook choisit Timon d’Athènes dans une adaptation (très claire) de Jean-Claude Carrière. Costumes intemporels, en partie modernes.
Timon est montré sous un aspect quelque peu christique. Lors du fameux repas d’eau chaude, c’est comme les marchands du Temple qu’il chasse les parasites chez lui !
extrait de l’Histoire dessinée du Théâtre - André Degaine - Ed. Nizet
La mise en scène
Devant le mur rouge cramoisi du fond de scène, presque rien : un lit, deux chaises, une table, un cintre à roulettes, un porte-manteau, quelques coquets chapeaux, genre vieilles dames anglaises au salon de thé. Sauf que nous sommes à la fin des années 50 à Sophiatown, vaste cité dortoir d’Afrique du Sud... Sur le lit un homme et une femme, Philemon et Mathilda qui dorment et qui s’aiment...
Une petite fable, un spectacle d’une petite heure...Pourtant sur le plateau, avec des accessoires plutôt moches, des éclairages plutôt tristes, c’est la grâce pure du théâtre, sa vitalité brutale, qui envahissent l’espace.
Depuis cinquante-six ans qu’il innerve les planches, Peter Brook a appris l’art de faire rayonner les acteurs, de rendre humains jusqu’aux objets. Dans les bras de Mathilda, le fameux costume ne devient-il pas miraculeusement vivant, jusqu’à enlacer, caresser la belle ? Quand l’infidèle, se croyant pardonnée, veut organiser chez elle une fête, le spectateur n’a-t-il pas l’impression de voir en scène une foule d’invités, alors que ne jouent que quatre acteurs. Mais quels acteurs ! De magnifiques interprètes africains qui savent danser, chanter, conter...
“Je ne voudrais pas faire de racisme à l’envers, dit Peter Brook, mais les comédiens africains apportent au jeu une extraordinaire énergie, une fascinante variété de registres. Parce que chez eux, c’est le corps entier qui joue et pas seulement le visage comme chez les Occidentaux. Voyez les gros plans au cinéma : les acteurs d’ici sont maîtres dans l’art d’actionner le moindre muscle de leur front, de leur joue. Mais leurs membres sont presque morts ! Je me souviens avoir éprouvé un choc, à 17 ans, dans le métro londonien : face à moi, deux Noirs hilares. Même leurs pieds riaient ! J’ai toujours voulu retrouver cette animation naturelle du corps que les enfants d’Europe commencent à perdre dès l’âge de 3 ans, comme je m’en suis rendu compte à travers de nombreux stages. Peut-être parce qu’on commence, à cet âge-là, à les faire s’asseoir, immobiles à l’école, ou parce que, déjà, ils regardent trop la télévision... En Afrique, même aujourd’hui, la vie quotidienne est restée proche de la nature, des traditions, des rituels ; elle n’est pas coupée des réalités premières, comme ici. Voilà pourquoi j’ai vite compris quel enrichissement le théâtre pouvait tirer du brassage des cultures....”
“Je ne suis pas un collectionneur. Je ne veux pas être un artiste. Pour moi, le théâtre n’est pas un art mais une joie directe ; je cherche simplement à ce qu’à la fin du spectacle les gens se sentent mieux. N’était-ce pas aussi l’objectif des tragédies grecques, qui, en racontant à des milliers d’Athèniens des choses épouvantables, cherchaient à exorciser leurs passions ? Je compare le théâtre à un bon restaurant, dont les gens sortent satisfaits, et à un match de sport, où les acteurs jouent avec une folle énergie. Deux comparaisons pas très intellectuelles ! Mais le théâtre n’est pas intellectuel. C’est une fugitive étincelle de vie, qui apparaît, disparaît. Qui nous rappelle que dans le monde rien n’est linéaire, permanent, simple... Prenez Shakespeare, que les critiques français ont des siècles durant jugé “barbare”. C’est vrai qu’il plaisait à la populace anglaise de son temps : on assistait à ses spectacles debout, tout près des acteurs, comme à un concert de rock ; dans chaque pièce, rien que des thèmes violents, la vengeance, la jalousie, le pouvoir, la passion... Mais Shakespeare maniait à merveille le “et”, comme l’a montré le poète britannique Ted Hugues : dans chaque réplique, il savait lier le terme sophistiqué qui plairait aux aristocrates et le mot vulgaire qui enchanterait la foule ; ce faisant, il s’alliait les deux publics, les réconciliait.”
Télérama - déc. 99 - F. Pascaud
Vidéo disponible* au Théâtre:
* Renseignement: Audrey Tallieu
La Cerisaie de TCHEKHOV Anton
mise en scène de Peter BROOK (durée 2 h - 1982)
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