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«L’homme du hasard»
de Yasmina REZA
mise en scène : Frédéric Bélier-Garcia
Mardi 19 et Mercredi 20 Décembre à 20h45
Mise en scène Frédéric Bélier - Garcia
avec Philippe Noiret et Catherine Rich
Spectacle Atelier Théâtre Actuel
durée : 1h30
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L’histoire
Un compartiment de train - Un homme et une femme, pas de réalisme. De l’air. De la distance.
Telles sont les indications liminaires, les premières didascalies de l’Homme du Hasard. Un titre pris dans un processus de mise en abîme, puisque ce titre est aussi celui du dernier roman de Paul Parsky, écrivain célèbre et assez misanthrope, l’un des deux personnages de cette pièce brève et dense. Et pour approfondir encore le jeu, ce livre, l’autre personnage de la pièce, Martha, est justement en train de le lire...
Cette situation apparemment simple est elle situation de hasard : quelle chance a un écrivain, de qualité, de renom, de se trouver dans un compartiment de train, entre Paris et Frankfort, face à une de ses lectrices? Et cette lectrice, dans l’absolu, quelle chance a-t-elle de rencontrer un jour, par hasard, l’écrivain qu’elle fréquente depuis si longtemps ? Aucune.
Deux personnages face à face. Elle qui l’a reconnu et qui par délicatesse ne veut pas d’abord lire devant lui, l’Homme du Hasard.
Lui qui ne la connaît pas. Situation minimale à laquelle l’auteur, avec une maîtrise parfaite insuffle une puissance et un développement vertigineux.
A Frankfort sur le quai, que se passera-t-il ?
Yasmina Reza
la quintessence d'une autobiographie
Dans la maison de Yasmina Reza, il y a un portrait de Beethoven. Dans la pièce L'homme du hasard, il est beaucoup question de musique. Dans le coeur de Yasmina Reza, il y a la présence d'un père extraordinaire aujourd'hui disparu.
Dans la pièce L'homme du hasard, il n'est pas question de père disparu.
Et pourtant ce père, son père, qui est au coeur de ce texte bref, dense. Ce texte musical.
Elle le dit, sereinement : de toutes les pièces que j'ai écrites, L'homme du hasard est la plus autobiographique. C'est celle qui est au plus près de moi. Rien pourtant qui tienne à l'anecdote, rien qui soit de l'ordre de la chronique. Elle le dit, gravement : «ce qui est écrit a été pensé. Tout me parle, au mot près».
Dans un train. Un compartiment. Un homme. Une femme. Paris-Francfort.
Brève rencontre ? Comment vient l'idée d'une pièce, comment la nécessité de l'écrire s'impose-t-elle ? Disons que surgit d'abord quelque chose de diffus, de peu défini. Une matière malléable qui doit trouver ses limites. Ici, la limite a été un compartiment de train et deux personnes qui se font face. Je ne voulais pas d'un monologue. J'ai vu une femme, devant cet homme, et j'ai su qui elle devait être.
«Mystérieuse alchimie de l'écriture. Je n'ai jamais cessé de les nommer : l’homme, la femme. Et pourtant c'est vrai, je le sais, j'en ai profondément conscience, il s'agit en même temps, de quelque chose de très proche, de très intime.
Cette pièce a été écrite avant Art. La même année, iI y a deux ans et demie. Juste avant le mort de mon père. Je savais, en écrivant L'homme du hasard que mon père allait mourir.»
Et Yasmina Reza, pudique, reprend : «il y a dans le personnage de cet écrivain, de l'homme, des rythmes d'élocution qui appartiennent à mon père, il y a sa folie douce, sa radicalité, il y a sa relation à la musique, son humour, et cette façon d'être injuste en le sachant parfaitement, en le revendiquant tacitement. Mais il ne s'agit pas d'un portrait, ni d'une évocation. Il y a une présence.»
Livres disponibles* au Théâtre:
* Renseignement: Audrey Tallieu
Conversation après un enterrement de Yasmina REZA
UN PUZZLE
«Ainsi, l'écriture, sans l'avouer, travaille-t-elle contre la mort. II a lu L'homme du hasard. Comme il avait lu mes pièces précédentes : Conversations après un enterrement, La traversée de l'hiver. Il n'a pas lu "Art". Il n'était plus là. Pièce heureuse, à la lecture. Pièce douloureuse pourtant, sans doute, dans son processus d'écriture : si l'on excepte "Art" qui tient d'une très rigoureuse mécanique, je dois reconnaître que lorsque je commence une pièce, je ne sais pas où je vais. Pour L'homme du hasard j'avais en mains la situation, les deux personnages. Mais c'est par fragments que j'ai avancé. Bribes de monologues qui ne s'ordonnent pas immédiatement, puzzle qui surgit, pièce à pièce, et qu'il faut composer. Un moment, les éléments commencent à se rejoindre. Et pour L'homme du hasard il y a eu ce moment où j'ai connu, reconnu les personnages et où j'ai su où ils allaient, où j'allais. Et pour cette femme qui est là, je suis partie de moi. Elle rencontre cet homme dont elle aime les livres, qu'elle aime à travers ses livres. Ainsi on tombe amoureuse des gens à travers leur oeuvre. Et l'on redoute la déception. On aime ainsi, de même amour, ceux qui ne sont plus là. Ainsi, moi, j'aime Beethoven, j'ai aimé Dostoïevski, comme si je les connaissais vraiment.»
Si "Art", elle le dit, tient plus d'on déroulement dramatique auquel elle s'est soumise, cette mécanique fascinante, il a fallu aussi que vienne le temps du déclenchement : «Vaneck et Arditi voulaient que j'écrive pour eux, j'y pensais. Puis est venu le jour où l'un de mes amis m'a montré ce tableau. J'avais un sujet. Deux personnages. Ou plutôt deux rôles. Mais ce n'est que six mois plus tard que j'ai su qu'il fallait un tiers, celui auquel on raconte, un témoin. Et alors, j'ai pu écrire, j'ai commencé à écrire et tout s'est enchaîné.
Rien de tel pour L'homme du hasard dont l'écriture représente plus de six mois de travail. Il est court, ce texte, mais il m'a pris longtemps, remarque-t-elle dans un de ses radieux sourires.
Et puis, un moment, il faut mettre le point final : cela aussi, c'est la part du secret de l'intuition. Il y a un moment où l'on sait. Il faut s'arrêter de parler. II, faut que la parole s'arrête.»
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