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Exposition :
Tentures et calligraphie
Nacer KHEMIR
Les 60 noms de l’amour
Conte et exposition
Du 21 avril au 31 mai 2001
Le Théâtre*/Scène Nationale de Narbonne
Du mardi au vendredi de 12h30 à 18h30
Le samedi de 15h00 à 18h00
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Berbère aux ascendances andalouses, il conte des voyages lointains, des périples imaginaires, des odyssées intérieures. Poète, conteur, cinéaste, plasticien à ses heures, Nacer Khemir fait de chaque instant un don de paroles
< Moi, je me sens un peu étranger partout. Je ne retournerai pas vivre définitivement en Tunisie, où est ma famille, où je tourne tous mes films. Et je ne serai jamais tout à fait Français. Mais je procède comme tous les conteurs. Toutes les histoires sont composées des mêmes ingrédients. La tradition orale joue un très grand rôle, mais la structure est propre à chaque conteur. Ce que je raconte, personne ne peux le faire de la même manière. Quand on a bien compris comment cela fonctionne, on amène plus facilement les autres avec soi.
Conter, c’est être à la fois dans l’éphémère et dans la construction la plus savante >.

Nacer KHEMIR conteur
Ces mots, ils les emploie sur le bout de la langue, avec une délicatesse infinie, respectueux de leur nuance et de leur vérité. < Je suis conteur par fidélité > dit il. Par fidélité au monde de l’invisible et au monde des Anciens. < Les contes nous racontent l’enfance du monde >.
< La modernité d’un récit, c’est de le placer au bon moment. Ce qu’on appelle des contes-à-propos. C’est comme un médicament. Les grands conteurs étaient célèbres non pas tant pour leur talent, mais parce qu’ils savaient raconter le conte juste, au moment juste. C’est un art d’humaniste >.
< Dans un monde qui se dit de plus en plus ouvert et qui, en fait, se ferme de plus en plus, raconter c’est partir pour un lieu où les agences de voyage n’iront
jamais >.
A propos du conte, Nacer Khemir explique : < C’est comme du jazz. Il y a une partie d’improvisation et aussi des paliers. Le conte est un parcours, un voyage. On boit, on mange, on pleure, on rit, on meurt et on ressuscite. A la fin reste une nostalgie comme après un songe, on se dit que la vie aurait pu être autrement >.
< J’ouvre des portes. Un conte est un rayon de soleil qui jette sa lumière sur un jardin insoupçonné. On ne peut comprendre que ce qu’on porte à l’intérieur de soi >.
Nacer KHEMIR plasticien
Peintre, calligraphe, sculpteur
< Avec la calligraphie s’est imposée l’idée de la tenture. En effet, l’art de la tenture calligraphiée figure dans la mémoire de la Chine, du Japon, du Tibet aussi bien que dans celle d’Arabie pré-islamique, lorsque les tentures calligraphiées de poèmes en lettres d’or étaient suspendues autour de la Mecque.
Les tentures entretissent les mots et les signes, répétés à l’infini sur indigo, à la fois désert et linceul, litanies modelées par la main et psalmodiées par le
coeur >.
< Le dessin, c’est peut être ce que je préfère, c’est comme une trace dans le sable >.
< La sculpture, c’est sensuel, c’est la vie. Je ne l’ai pas prémédité, mais il est curieux de constater que je me suis toujours exprimé par les arts qui sont, pour ainsi dire, interdits par ma propre religion. L’Islam refuse l’image, la représentation humaine ou animale... >.
< Je me sens profondément marqué par l’Islam, cet Islam de tolérance, de douceur de vivre et de rigueur. Celui qui faisait de chacun de nous un être seul, face au divin. Un être à qui on avait donné une monture, son âme, et qui pouvait en faire absolument ce qu’il voulait, pourvu qu’à la fin de sa vie il puisse la rendre dans l’état de pureté où on la lui avait confiée >.
Les 60 noms de l’Amour
Sous ce titre, est rassemblé le spectacle et l’exposition ; les deux traitant le même thème : les 60 manières de nommer l’amour en arabe.
Nacer KHEMIR n’a pas intitulé son spectacle Les 60 noms de l’amour par hasard. L’amour est une force de l’invisible, une errance absolue qui le fascine au plus haut point. Si les Inuits ont trente deux mots pour décrire la neige, les Arabes en ont soixante pour nommer l’amour.
< L’expérience la plus récente que j’ai faite de ce va-et-vient entre les cultures, c’est la recherche, dans la langue arabe, des soixante noms de l’amour. (J’avais déjà abordé cette recherche dans mon film Le collier perdu de la Colombe). J’avais entendu, au hasard d’une discussion, que chez les Esquimaux, il existe soixante noms pour nommer la neige. Aussitôt la symétrie de la neige et du désert a fait écho en moi. En arabe, presque tous les noms de l’amour sont nés du lexique du désert. En les traduisant en français, j’ai pu en saisir réellement la richesse : pour dégager le sens d’un seul de ces mots, il me fallait parfois une page entière ! Le voyage d’une langue à l’autre a éclairé, à travers une richesse linguistique singulière, la subtilité infinie des variations de l’amour en arabe.
Et ces richesses sont perceptibles à tous, car elles s’adressent à ce qui constitue le fonds commun des émotions humaines. Ce qui part de la singularité d’une culture pour toucher à l’universel, va droit au coeur de l’homme. C’est en enjambant les récifs des cultures que les peuples s’enrichissent mutuellement d’une rive à l’autre >.
< L’amour est aussi essentiel pour un homme du désert que la neige pour un Esquimau, explique le conteur. L’amour inquiète les Arabes. Il est invisible et dangereux. Peut-être parce que l’amoureux augmente sa soif, il est en état de désertification et n’a plus accès à sa propre source >.
< Je trouve incroyable que les Bédouins qui n’avaient que le sable et l’étendue du désert devant eux se soient mis à réfléchir sur les sortes d’amour >. Et si l’essentiel est heureusement invisible aux yeux, dans la langue des nomades l’essence de l’amour se nomme perdition, divagation, amputation.
Qu’il soit amour physique tel le rut animal, passion étouffante comme le lierre qui s’accroche à une matière morte, amour qui se creuse tel un précipice, amour assoiffé qui vous coupe de votre source, amour trompeur qui tel un nuage d’été traverse le ciel en lançant des éclairs et nous fait la promesse d’une pluie qui ne tombe jamais, amour qui vous fait naître et remonte aux origines de la conception, amour-folie qui vous rend pareil au derviche tourneur, amour angoissé jusqu’à la suffocation extrême ou encore amour-dépouillement jusqu’à une obscène nudité, l’amour est davantage qu’une image ou un mot. Il est un état dont la pointe de l’iceberg est un baiser qui ne laisse pas soupçonner l’ampleur du mal. L’amour commence par badinage et toujours en tourment s’achève , a écrit un sage andalou au début du millénaire dans un traité sur la passion. Plaisirs d’amour ne durent qu’un moment...
< La loi de l’amour est une volonté divine. Certains grands mystiques proposent l’acte de l’amour comme une célébration, une prière >.
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Le Théâtre Scène Nationale de Narbonne
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