Jean Mary, artiste résidant à Bourges, a choisi de présenter pour La Scène Nationale une sélection de grands formats à l’acrylique ainsi qu’une dizaine d’aquarelles. Sa peinture se nourrit des photographies de scènes de la vie quotidienne, de paysages, de natures mortes. Chaque élément de son environnement est observé par un mouvement circulaire, comme si l’artiste souhaitait exprimer, avec précision, la complexité du regard, les degrés d’ouverture de son champ visuel, le va-et-vient du mouvement des yeux afin de saisir toutes les facettes du monde pour le projeter sur la toile. Le devant, l’arrière, le bas, le haut, le proche, le lointain trament un réseau sinueux qui entraîne le spectateur dans un univers courbe.
A la manière des cubistes qui proposaient sur un tableau plan une architecture construite à partir de points de vue multiples, Jean Mary construit sur ses toiles une image au champ visuel élargi où l’observateur se trouve au centre d’un univers curviligne . Ainsi, les images s’enlacent, glissent, se superposent, dévoilant des courbes aux regards multiples, une infinité de formes, de couleurs et de rythmes.
A propos de ses « visions curbilignes » Jean Mary mentionne : « L’approche du sujet en vision sphérique révèle des formes inhabituelles d’une grande variété et des espaces à l’échelle indéfinie : vue aérienne, vue rasante et vue en abîme se marient dans un même regard. »
Une exposition où le visiteur peut se lancer dans la recherche d’une relation privilégiée à l’espace dans lequel il vit.
CURVI ET CURBI
Vers une vision sur sphérique
Inconsciemment, nous ne regardons que ce que nous pouvons définir avec le maximum de précision, ce qui a pour conséquence de réduire notre champ visuel à quelques degrés d’ouverture. Nous possédons pourtant une image globale de notre environnement, nous la possédons grâce à un mouvement constant des yeux : le « balayage ».
Les Futuristes, les Cubistes, les Constructivistes et certains artistes contemporains ont tenté, après Cézanne, de donner au regard ce rôle d’acteur. Mais ces expériences semblent, aujourd’hui, dépassées principalement par l’image dite « audio-visuelle ».
Les Grecs, déjà, avaient remarqué que, par le mouvement des yeux horizontal et vertical, les droites paraissaient courbes : observation que confirme aujourd’hui l’optique à très courte focale. Elle propose une image au champ visuel élargi où l’observateur se trouve au centre d’un univers CUVILIGNE, à même de sentir tout ce qui gravite autour, dans la périphérie, vers l’infini. Il n’est plus dans la position du voyeur de la vision traditionnelle, mais ACTEUR au centre de sa DEMI-SPHÈRE.
Poussé par un désir profond d’aller au-delà, d’atteindre un espace inaccessible, l’observateur peut se lancer dans la recherche d’une relation privilégiée à l’espace dans lequel il vit.
A la manière des Cubistes, il peut tenter d’élargir davantage sa vision. En une seule image, il peut essayer d’atteindre un espace illusoire et utopique par la multiplicité des points de vues, devenus SEMI-SPHÉRIQUES.
L’enjeu devient, désormais, une vision du monde par l’esprit pour rêver dans un espace SURSPHÉRIQUE : « limite extrême ».
Jean MARY
Image numérique, image photographique ?
« L’image numérique permet des imbrications, des superpositions à la technique irréprochable ; elle permet, en effet, de dominer pleinement la recherche.
Son efficacité rigide ne peut me satisfaire. Je préfère l’incertitude de la photographie traditionnelle qui m’impose un risque : le risque de perdre le sujet au cours des opérations successives, il est alors très difficile de prévoir ce qu’il adviendra des formes et des couleurs soumises au caprice de la lumière. Mais l’attente de la résurgence du sujet me stimule, j’y découvre parfois des métamorphoses insoupçonnées ».
Jean MARY
« La perfection technique de l’image numérique m’impressionne, mais ne me satisfait pas pleinement. Cela me conforte dans la démarche empirique de mes superpositions photographiques. Son côté incertain, aléatoire, me permet d’espérer l’imprévu : un événement, une révélation
»
Jean MARY