EXPOSITIONS
2006 - 2007

Jean Luc POUDOU, présente au Théâtre Scène Nationale de Narbonne, une quarantaine de ses oeuvres photographiques qui nous plongent dans l’univers secret de la danse.

C’est le travail d’observation et d’interprétation d’un créateur sur le travail d’autres créateurs. Le pari de retranscrire dans le petit rectangle du viseur de l’appareil, ce qui se passe d’essentiel sur le grand rectangle de l’espace scénique. Ces deux expressions artistiques ayant comme dénominateur commun, l’usage, la maîtrise, la parfaite connaissance de la lumière.

Saisir dans la justesse et la précision l’éphémère, le furtif, ce qui n’existera plus jamais dès la seconde qui suit, exige une expérience du plateau et un savoir faire photographique.

Jean Luc, avec un talent certain, a parfaitement restitué les TRACES visuelles du fascinant spectacle de la danse et de
ses instants uniques. Mouvements figés par l’objectif, témoignage d’une gestuelle juste, précise, rigide, parfois brusque, parfois élégante voire envoûtante. Gestes qui nous étonnent par leur curiosité anatomique, qui donne une improbable esthétique tout en témoignant d’une grande maîtrise des corps, quand les bras deviennent des ailes.
La  maestria du danseur et sa rigueur, se traduisent par la rigueur géométrique des prises de vues d’un regard aigu. Cercle, triangle, carré, parallèles sont les figures nobles d’une composition rigoureuse. Images construites, architecturées grâce à des gestes mille fois répétés et exécutés avec une si grande précision qu’ils deviennent sur les photos des signes, des associations de lignes qui se répètent ou se superposent en écho . D’autres clichés nous rappellent que la danse est spatiale. Ca bouge, ça décolle, ça rebondit, ça plane, ça vrille en d’infinies spirales. On ressent le frottement des corps et des tissus. Les plans Flous donnent la profondeur, les aplats de bougés donnent le mouvement tel ce « paon » situé à l’entrée. Pour nous surprendre, l’auteur travaille ses traces jusqu’à l’abstraction, pour créer une distance supplémentaire au réel. Il dissout la matière dans des personnages flous et désincarnés. Quand il utilise la couleur, les flammes embrasent le mur d’un feu symbolique et sacré qui immole les danseurs.

Ces compositions cohérentes et inspirées, sont l’héritage esthétique des Caillebotte et Degas. L’opérateur par son savoir faire et la perception juste de son regard, nous rend visible l’invisible du spectacle.

L’installation (merci Cathy) facilite la lisibilité d’un travail où sensibilité et
précision s’harmonisent. La photo suivante renvoie à celle qui précède, tout en préparant le regard à celle qui suit. L’ensemble ponctué par des images uniques. Les décalés comme des notes sur une portée musicale, dynamisent l’accrochage et donnent le rythme. On se laisse guider par cette organisation avec un réel plaisir. Les tirages d’un format généreux sont comme chez eux
dans ce vaste espace.

On bascule la tête la première dans le décor. Woody Allen sortait de l’écran pour descendre dans le public, Jean Luc nous fait monter sur les planches.

Dans la force de sa présence et dans sa grande humilité, il a su se mettre suffisamment en retrait pour ne pas trahir les danseurs. C’est aussi cela le talent. Il nous donne
l’accessibilité à la richesse de ce grand art. Il aura célébré
les noces de la danse et de la photographie avec comme témoins la lumière, les lois de la perspective et de la pesanteur.

Rien d’intellectuel que du sensible, du ressenti, de l’inspiration et surtout de la patience et du temps.

Jean Luc POUDOU est un amoureux de l’art chorégraphique qui a su faire danser son regard et son appareil.

Un voyage réussi. 

André SUBIRANA


Exposition
ON DANSE Photographies Jean-Luc Poudou
Du 1er mars au 16 mai 2007

Tous les mardis, mercredis et vendredis
12h30 - 18h30